mardi, 29 août 2006

Aidons les Humains !

Début septembre, Discovery Channel se fend de la "Semaine Intersidérale" en proposant des programmes spécifiquement axés SF avec des films idoines et pas des pires en plus...

 

Ca c'est la petite info sympa sans plus qui ne m'aurait pas forcément fait créer une note. Par contre, à cette occasion et pour promotionner l'évènement ils ont monté un ... euh ... un site, parce que oui c'en est un, avec une idée bien branque comme j'aime.

 

Le postulat est tout bête : les extra-terrestres ont remarqué notre présence dans l'univers et aussi l'état dans lequel nous et notre planète nous trouvions. Du coup ils lancent un site à vocation "humanitaire" pour sauver notre espèce et le cailloux qui nous héberge. Ce en passant, bien évidemment, pas un morceau avec les plus grandes stars de la galaxie réunis, ce qui nous vaut un clip chorale dans l'esprit des band-aids tout à fait succulent.

 

Moi de la pub comme ça j'en veux bien tous les jours, c'est tellement rare qu'on prenne le consommateur pour une créature douée d'intelligence que ça fait du bien, surtout quand c'est drôle et finalement plus divertissant que réellement publicitaire. Hop, ça se passe juste en dessous, cliquez sur la bannière.

 

 

 

 

CyrO

mercredi, 11 janvier 2006

La Guerre des Mondes - de Steven Spielberg (2005)

La Guerre des Mondes 2005Allant de moins en moins au cinéma pour des tas de raisons (trop cher, trop peu de V.O., programmation indigente à Pneuland, installation bien plus cosy dans mon chez moi etc...) je découvre la plupart des films désormais en DVD...

Ceci explique que vous trouviez bien souvent des critiques un peu en retard sur la sortie salles. Bref, passons au dernier film de Spielby !

 

Depuis La Liste de Schindler (1993) tout le monde est d'accord pour dire que Steven Spielberg est rentré dans la phase "mature" de son oeuvre, mouvement enclenché dès La Couleur Pourpre  (1985) mais qui a pris bien du temps pour être assumé tel quel. Il est donc d'entrée de jeu franchement intéressant d'accéder enfin à un film qui se veut antinomique de son Rencontres du 3ème type (1977), lui terriblement ancré dans la période "enfantine" et bien plus féérique, même s'il savait se montrer oppressant et sombre par moments.

 

Le 11/09 n'est évidemment pas étranger aux choix que l'on trouvera dans ce métrage partagé entre la pure SF, le drame et le film catastrophe. Certaines images ne manqueront pas non plus d'en rappeler d'autres, bien moins virtuoses, du moyen Jour d'Après (2004) d'un Rolan Emmerich qui n'a pourtant jamais été aussi bien inspiré. Les grands mouvements d'exode ramènent autant vers ce film que vers la seconde guerre mondiale avec laquelle Spielberg n'a visiblement pas encore réglé tous ses comptes. Et comme tout au long de son oeuvre, l'explosion de la cellule familiale est une des principales thématiques du film... Bref, en termes de richesse de propos, pour ce qui est supposé n'être qu'un divertissement, le film est déjà bien ras la gueule ! Il y a de quoi analyser de tous les côtés, et pour les plus pervers sans doute bien plus encore.

 

Mais il n'y a pas que dans le propos que La Guerre des Mondes est à la limite de la saturation, l'image étant à mettre au même rang.
En effet, pour la première fois, dans un film du golden boy, les cadres sont constamment remplis. S'en est même impressionnant. Pas un coin de ciel n'est accessible au regard, pas l'ombre d'une vaste étendue dans laquelle laisser s'enfuir quelques instants nos pensées. Le film se veut claustrophobe et y parvient allègrement, entre autre de par ce biais là. On étouffe presque tant on est submergé d'images denses et parfois franchement agressives. Spielby rempli son scope de tonnes de détails, resserre ses plans, choisi bien souvent de filmer à l'épaule, et nous laisse preque suffoquants, à l'image de ses personnages.



Ca n'empêche en rien d'avoir droit à de très belles images dont la force picturale est par moments réellement impressionnante (Ray sortant à découvert pour ne déboucher que sur une apocalypse dantesque, un tripode s'extrayant d'une forêt en haut d'une colline alors que des centaines de personnes paniquées courent la campagne en contrebas, un train carbonisé passant à toute vitesse et dont les flammes procurent sans doute la vision la plus macabre et la plus puissante de tout le métrage... et bien d'autres). Le film est d'ailleurs parcouru régulièrement d'image à la beauté funeste et crépusculaire.

 

Et puis nous voilà enfin face à une invasion extra-terrestre répondant à ce que nous avons toujours attendu sur un grand écran. Le spectacle est total, les effets spéciaux se font totalement oubliés tant ils sont parfaits pour nous laisser pantois, la bouche grande ouverte devant cette orgie de vignettes inédites et terriblement excitantes.

 

Mais si tout cela fonctionne si bien c'est surtout dû à la crédibilité des personnages qui nous sont proposés et au regard que leur porte le réalisateur. Tout au long du film on ne lachera pas une seconde les baskets de Ray Ferrier, grutier de profession, peu cultivé et ayant sérieusement baissé les bras quant à l'éducation de ses deux enfants, eux-même de toute façon èlevés principalement par leur mère vivant désormais avec un nanti. Ferrier, c'est Tom Cruise bien sûr, un Tom Cruise tout à fait crédible dans ce rôle et semblant ici bien plus à l'aise que dans d'autres. Le film repose en grande partie sur lui, sa dimension émotionnelle également.

C'est par le biais de ce personnage mal assuré que Spielberg revient nous parler du divorce, du manque du père, pour rejoindre cette thématique déjà abordée dans tant de ses films (Rencontres du 3ème Type, E.T. -sans doute son plus personnel, particulièrement à ce sujet-, A.I., Attrape-moi si tu peux, et dans une moindre mesure Les Dents de la Mer et Indiana Jones et la Dernière Croisade). Ne dit-on  pas que tout réalisateur ne fait que réaliser constamment le même film ?

L'histoire de Ray s'avère en tout les cas souvent poignante, face à ses enfants qui ont du mal à le reconnaitre comme un père et surtout comme quelqu'un apte à les prendre en charge face à une situation aussi dramatique que celle qu'ils vont traverser deux heures durant. Le personnage ne nous est jamais présenté comme un héros, le voyant plus d'une fois douter, se montrer lâche, perdu face à des responsabilités qu'il ne sait comment envisager. Et s'il s'en sort plutôt bien dans l'action c'est la plupart du temps plus dû au hasard qu'à ses propres choix... Un personnage dont les failles se dévoilent au grè du film, le rendant toujours un peu plus humain et démuni face à une situation le dépassant comme elle nous dépasserait d'ailleurs tous. Difficile, du fait, de ne pas ressentir d'empathie à son égard.

 

Cruise s'avère donc parfait dans ce rôle qu'il ne bouffe jamais, laissant le personnage s'exprimer pleinement, mais les interprètes de ses deux enfants font tout autant que lui sur le plan de la crédibilité. Dakota Fenning et Justin Chatwin s'en sortent merveilleusement bien et évitent largement l'écueil des enfants ou adolescents crispants et plus agaçants qu'autre chose. Eux aussi sont justes, la cadette sachant même se montrer sacrément émouvante à diverses occasions et ils s'en sortent d'autant mieux que le film gravite uniquement autour d'eux deux et de leur père.

 

A l'arrivée le film est donc tout autant intimiste que spectaculaire, terrifiant qu'émouvant. Et surtout adulte ! On n'est pas dans un ride pour teenagers, ce qui était une des plus grandes inquiétudes alors que le film se montait. Il s'agit d'un film mature, riche et néanmoins parfaitement divertissant. Pas un chef-d'oeuvre, juste un de ces rares très bons films, possédant une direction artistique magnifique et pleinement maîtrisée, comme la machine hollywoodienne sait parfois nous en proposer à l'insu de son plein grès ; n'oublions pas cependant que Steven Spielberg est le seul réalisateur vivant pouvant faire absolument tout ce qu'il veut sans contrainte dans ce cadre là, son mérite en est donc forcément amoindri.

 

Certains ont râlé sur la fin du film (que je ne dévoilerais pas, rassurez-vous), et réalisé par un autre ça m'aurait sans doute un poil énervé également. Mais là encore on reste dans une thématique spielbergienne, et je trouve donc la conclusion du métrage pleinement justifiée de par ce biais, même s'il est difficile de ne pas y voir pour autant quelques facilités.

 

Bref, de mon côté j'ai marché à fond, j'ai paniqué avec Ray et ses deux enfants, jubilé tout du long de voir enfin de telles images comme le cinéma nous en promet dans la SF depuis si longtemps (remember cette daube d'Independance Day -du Emmerich déjà cité plus haut- qui pourtant propose un postulat initial similaire sans jamais assumer ses promesses justement -ni montrer le moindre corps dénué de vie, ce qui au vu du sujet est simplement pathétique-) et le tout sans avoir une seconde l'impression d'avoir dû laisser mon cerveau au vestiaire. Si Spielberg n'est à l'évidence pas, et ne sera probablement jamais, le cinéaste le plus important de sa génération, il reste bel et bien un des rares réalisateur à quasi-(comment lui pardonner Hook et Amistad ?)systématiquement proposer de vrais divertissements de qualité ne se départissant que très rarement d'une certaine pertinence...

 

 

Le film est disponible en DVD chez Paramount en édition simple dénuée de tout supplément, ou en édition collector bardée de près de trois heures de supplément passionnants, ces derniers étant presque aussi intéressants que les documentaires rétrospectifs que Laurent Bouzereau (encore et toujours maître d'oeuvre) avait réalisés pour Les Dents de la Mer ou Rencontres du 3ème Type, c'est dire...

 

 

CyrO

samedi, 24 décembre 2005

kirikou et les bêtes sauvages

Après Kirikou et la sorcière que tout le monde connaît maintenant, Kirikou et les bêtes sauvages se présente ouvertement comme un deuxième volet. Ce n'est pas vraiment un autre film, ce n'est pas une suite non plus. En fait, ce sont plusieurs histoires courtes présentées par le grand-père de Kirikou qu'on a déjà vu dans le film précédent, et qui sont supposées s'intercaler entre deux séquences de Kirikou et la sorcière. Il est donc indispensable de l'avoir vu pour comprendre celui-là.

 

Pour ceux qui s'en souviennent bien, nous retrouvons Kirikou au moment où il a réussi à ramener l'eau à son village, et nous le laissons avant qu'il n'affronte directement la méchante Karaba. Entretemps, que s'est-il passé ? Comment le village, grâce à l'eau revenue et malgré les fétiches qui rôdent encore, parviendra-t-il à gagner de quoi vivre ?

 

Chacune de ces historiettes met le petit garçon face à un problème, lié le plus souvent à un animal de la savane, qu'il affronte ou qu'il utilise grâce à sa ruse habituelle.

 

Comparé au précédent, cette animation s'adresse sans doute à un public plus jeune, dans la mesure où l'histoire est plus simple, moins structurée et plus didactique. Plus qu'une véritable aventure, ce sont de petits contes, tantôt amusants, tantôt charmants, qui séduiront tout de même les adultes par leur fraîcheur.

 

Graphiquement, on reste dans le même style, mais l'accent et mis davantage sur le décor et la végétation, puisque cette fois, on ne se limite pas à la savane, mais on a droit à un véritable panorama des différents paysages africains. Certaines scènes font l'effet d'un coup d'oeil féérique dans un kaléidoscope.

 

Cette animation est donc toute indiquée pour un moment de détente, de retour en enfance et d'instants délicieux d'émerveillement naïf. Au milieu de l'agitation des fêtes, offrez vous cette petite parenthèse qui, en plus, vous donnera au moins pendant un quart d'heure une furieuse envie de découvrir l'afrique.

 

 

ZOF

vendredi, 23 décembre 2005

Kirikou dans un très simple appareil

A l'occasion de la sortie récente de Kirikou et les bêtes sauvages, que j'irai voir un de ces jours, une question me tarabuste : comment les critiques, les programmeurs de salles et autres conditionneurs de cinéma font-ils la différence entre un film pour enfants et un film pour adultes ? Il y a des fois où c'est évident, d'autres où ça l'est beaucoup moins. Dans le cas présent (et je me base essentiellement sur le sort de Kirikou et la sorcière, puisque je n'ai pas encore vu l'autre), on dira que ça dépend des gens. Certains sont prêts à classer systématiquement les dessins animés dans la catégorie prépubère, d'autres ont clamé que Kirikou était un film largement assez complexe et "profond" (8m10 environ) pour être apprécié par l'adulte. Une simple affaire de goûts personnels, ou un indice culturel ?

 

 

Prenons un journal local marseillais qui passe en revue les films de la semaine. On y trouve Kirikou dans la colonne "enfants" et l'on se rend compte que bien qu'il soit diffusé dans une dizaine de salles, pas une ne propose de projection après 18h.

 

 

Aux Etats-unis, en revanche, Kirikou et la sorcière a été interdit aux moins de dix-huit ans parce que... les femmes y étaient représentées les seins nus !

 

 

Oui, mais elles n'avaient pas de pistolet laser ni d'auto-mitrailleuses, ELLES...

 

 

 

ZOF

lundi, 19 décembre 2005

La Tigre e la Neve

medium_rb.gifL’histoire, en quelques mots : Atillio, Poète professionnel, universitaire distrait et père de deux grandes filles, rêve toutes les nuits qu’il épouse la même femme. Quelle n’est donc pas sa surprise lorsqu’il la voit, accompagnant l’un de ses collègues et amis, Fouad, un poète Irakien qu’il admire. Commence alors une course-poursuite, pleine de ces petits gags poétiques dont Begnini a le secret, d’Atillio vers cette Vittoria qui le regarde avec une indifférence amusée. Tout bascule lorsque Vittoria, rentrée à Bagdad, est victime d’un attentat et tombe dans un coma dont on n’espère pas la voir sortir vivante. Reléguée sous l’escalier d’un hôpital crasseux, au milieu d’une ville en ruine où on ne trouve plus le moindre médicament, elle dort pendant qu’Atillio se démène pour prouver que même quand il n’y a plus d’espoir, il y a encore de l’espoir.

 

Comme la plupart des gens, j’ai découvert Benigni avec La Vie est Belle, qui fut à mes yeux l’un des meilleurs films produits cette année-là. J’étais tombé sous le charme de ce Don Juan sans beauté, de ce poète maladroit, de ses trouvailles hilarantes et sensibles.

 

Alors, pourquoi n’ai-je pas suivi le bonhomme par la suite ? Pourquoi n’ai-je pas été voir Pinocchio, par exemple ? Bonne question. Peut-être parce que La Vita è Bella est un petit miracle et que les miracles, mieux vaut ne pas essayer de les reproduire si on ne veut pas rompre le charme.

 

Je me suis quand même laissée entraîner aujourd’hui pour voir Le tigre et la neige. Verdict : Begnini ferait-il partie de ces réalisateurs qui ont une bonne idée, et qui l’exploitent ensuite jusqu’à la fin de leur carrière ? Il est encore trop tôt pour le dire, mais la question se pose déjà. Faisons la liste des choses que l’on retrouve d’un film à l’autre :

 

Même personnage principal : Begnini, maladroit, poète et fantaisiste,

Même histoire de départ : L’homme cherche à séduire une femme qui ne le regarde pas,

Même femme,

Même décor : la guerre,

Même leitmotiv musical…

 

Et j’en passe.

 

Est-ce pour autant que le film lui-même est mauvais ? On ne peut pas le dire. L’histoire est touchante, poétique ; on rit, on est tenté de pleurer, on ne s’ennuie pas.

 

Un jeu temporel amène une espèce de confusion entre les personnages et quelques petites surprises.

 

Jean Reno en Fouad a quelque chose de déconcertant. Le rôle lui va sans lui aller, difficile de l’imaginer en irakien avec son accent français à couper au couteau…

 

Des éléments documentaires aussi sur l’état de Bagdad en guerre. Dans La Vie est belle, c’était la seconde guerre mondiale qui était abordée : période de l’histoire qui, certes, n’aura jamais fini d’être explorée, mais sur laquelle nous sommes déjà saturés d’images et de récits. Ici, une guerre plus récente, qui n’a pas encore pénétré notre culture commune. Rien que l’on ignorait vraiment, mais des images qui permettent une nouvelle perception de ce qui n’a été pour nous jusque là que de l’actualité au journal de 20h.

 

Un film qui souffre donc de l’ombre de son grand frère, mais qui, pris individuellement, vaut la peine d’être vu.

 

 

Zof

vendredi, 16 décembre 2005

INNOCENCE de Lucile Hadzihalilovic (2004)

Cinq petites maisons en entourent une plus grande, toutes perdues dans un immense parc, reliées par des chemins éclairés par des lampes semblant pendre des arbres...

 

Dans chacune des cinq maisons sept jeunes filles et leur servante. Chaque jeune fille est caractérisée par un ruban de couleur différente retenant ses nattes. La plus jeune, systématiquement arrivée au parc à l'intérieur d'un cercueil, a un ruban rouge, la plus vieille un ruban violet.

 

Iris vient d'arriver dans la maison trois. Bianca, l'ainée de cette maison, va lui inculquer les règles de ce petit univers dont elle ne pourra s'échapper qu'une fois son "cycle" achevé.

 

 

Programme des festivités : le matin sciences-naturelles avec Mademoiselle Edith, l'après-midi cours de danse avec Mademoiselle Eva...

 

 

Mais que se passe-t-il dans ce parc durant les sept longues années de ce cycle ?

Pourquoi les ainées disparaissent-elles tous les soirs après le repas ?

Sur quels critères l'invisible directrice choisit-elle tous les ans une des cinq filles au ruban bleu, permettant à cette dernière de sortir plus tôt que les autres ? Et pour aller où ?

Les servantes sont-elles vraiment d'anciennes élèves ayant tenté de sortir du parc alors que ça leur était interdit ?

Comment c'est le monde au-delà des murs du parc ?

Et les hommes dans tout ça ?

 

 

Innocence est le 1er long métrage de Lucile Hadzihalilovic, la compagne de Gaspard Noé à qui l'on doit Carne/Seul Contre Tous et Irréversible. Si le 1er moyen métrage de la jeune femme (La Bouche de Jean-Pierre) pouvait laisser penser que son nouveau film serait dans la lignée des oeuvres de son compagnon, il n'en est finalement rien si ce n'est dans des partis-pris sans concession.
Innocence est loin, en effet, de l'univers urbain, violent et désespéré de Noé. Si on retrouve quelques points communs ils seront principalement à chercher du côté de l'utilisation de la bande son et d'un refus commun de sacrifier aux stéréotypes ou de mâcher le travail au spectateur.

 


Le film est un long poême proche d'un rêve éveillé, troublant, tendu, lumineux, envoutant. L'histoire garde bien des mystères et en ce sens rapproche l'ensemble de la narration parfois opaque d'un David Lynch, l'obsession pour les textures et autres motifs récurrents également. On retrouve également beaucoup du Peter Weir de Pique-Nic à Hanging-Rock, de par le sujet lui-même bien sûr, mais aussi pour le traitement qu'il en est fait. Même si très rapidement les principales thématiques du film sont évidentes, mamzelle Hadzihalilovic ne nous donnera guère plus de clés et chacun devra, suivant son regard et sa sensibilité, combler les trous laissés volontairement, avec talent, par la jeune réalisatrice.

 

Il est rare, particulièrement dans le cinéma français, qu'un film laisse autant de place à l'imaginaire, au non-dit mais aussi aux émotions et autres sensations colportées par des images fascinantes de beauté. Etrangement, le film est aussi doux qu'il peut être oppressant, il berce autant qu'il intrigue et la sensualité bizarre qu'il développe s'avère souvent rugueuse...

 

Une inquiétante étrangeté toute Lynchienne donc, mais qu'il ne faudra pas hésiter à montrer aux enfants. Le film est entièrement narré de leur point de vue, et il paraitra sans doute plus simple et évident aux têtes blondes, particulièrement aux filles bien sûr...

 

Il s'agit là ni plus ni moins d'un de mes plus gros coups de coeur de cette année, et à mes yeux d'un des films français les plus intéressants et les plus aboutis que j'ai vu depuis bien longtemps.

 

Moins de 5000 personnes se sont déplacées le voir en salles, ce qui est ridicule en regard de la qualité de l'oeuvre. Wild Side Vidéo vient d'en sortir une édition minimaliste mais techniquement parfaite, de plus à un prix léger (14.99 €), alors si cette fugue poétique vous intrigue n'hésitez pas à lui donner sa chance, il est peu probable que vous ne tombiez pas sous son charme si particulier !

 

Mais... et les hommes dans tout ça ?

... tant pis pour eux, le film s'en passe tellement bien !

 

 

CyrO

mercredi, 14 décembre 2005

Un double Harryburger, svp

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Pour continuer dans la série « je fais comme tout le monde », je suis allée cet après-midi voir Harry Potter après avoir mangé au MacDo.

L’un est au cinéma ce que l’autre est à la gastronomie, à savoir de la sous-production qui fait bien plaisir quand même de temps en temps, à condition de ne pas se poser trop de questions.

 

Au MacDo, quand il n’y a plus de cheeseburger, on peut avoir deux hamburgers pour le même prix. Ce qui nous donne un aperçu assez intéressant du système d’équivalence qu’établit le marché actuel. Les gens veulent en avoir pour leur argent, et s’estiment satisfaits si on leur donne deux fois plus de matière en contrepartie de l’absence de la tranche de plastique jaune appelée fromage. Mais ils n’ont pas demandé à leur tube digestif si c’était aussi la même chose pour lui.

 

Revenons à Harry. Difficile, quand on a lu, relu et apprécié les bouquins de ne pas s’y référer face à la toile. Et là, la comparaison fait mal. Par rapport au texte, le film est une sorte de condensé des meilleurs moments de l’histoire (sachant que pour le spectateur moyen et souvent juvénile, « meilleur moment » signifie «action spectaculaire »), avec moult effets spéciaux et un nombre affligeant de raccourcis. Mais comment reprocher au réalisateur de ne pas avoir réussi, en mois de deux heures vingt, à relater tout ce qui a été développé au long de quelque huit cent pages ?

Il y a des moments où la frustration est grande. Mais malgré tout, on reste, tout au long du film, scotché à l’action.

 

Le changement de réalisateur est plutôt bénéfique. On quitte Chris Colombus, grand amateur devant le seigneur de clochettes, de sapins de noëls, de neige artificielle et de fins trop sucrées, pour Mike Newell, parfaitement inconnu de moi jusque-là, qui a su visiblement capter dans Harry quelque chose d’un peu plus subtil que son prédécesseur.

 

Un bon moment donc, mais qui, une fois de plus, pose la question de la pertinence de faire des films sur une saga trop complexe et même pas encore terminée. Avis aux réalisateurs : pour une fois que le format l’impose, pourquoi ne pas imaginer pour Harry une série (bien faite, ça va sans dire) ?

 

 

ZOF

mardi, 27 septembre 2005

Voyages en Mémoires Indiennes (One of Many)

"Mon nom est Sally Tisiga, je suis membre de la nation Kaska, membre du clan du loup, une survivante des lois d'intégration canadiennes, une parmi tant d'autres."

 

One of Many

Jo Béranger et Doris Buttignol ont fini en 2003 de réaliser un film documentaire qu'elles auront mis dix ans à monter. Dix ans à trouver un financement pour un projet dont personne ne voulait, dix ans d'écriture, dix ans de recherches, dix ans de belles rencontres qui aboutissent finalement à un témoignage essentiel.

 

Un projet à côté duquel elles ne souhaitaient pas passer, se voulant le relais d'une histoire bien trop ignorée.

 

Cette histoire c'est celle de Sally et de tous ces amérindiens qui, de 1920 à 1973, vont être placés enfants, sur ordre de l'état canadien, dans des pensionnats ayant pour but de les éduquer mais surtout de les "assimiler". Ces jeunes seront littéralement volés à leurs familles pour être formatés à la culture de l'homme blanc. Beaucoup ne reverront jamais leurs parents, certains mourront même dans ces établissements. Reniement de leurs origines, humiliations et sévices sexuels deviendront leur quotidien. Pour aboutir à la perte de leurs racines, de leur propre identité. On parle encore d'un ethnocide...

 

Sur cette base Jo et Doris rentrent en contact avec Sally Tisiga, arrachée à ses parents à l'âge de quatre ans, qui a décidé de partir à la recherche de ses origines, avec ses deux fils adolescents. Elles vont toutes deux accompagner cette famille à travers le Canada, à la rencontre de sa communauté mais aussi de bien d'autres, toutes touchées par le même mal, la même souffrance, le même traumatisme indélébile, pour glaner les témoignages de tous ces gens meurtris à jamais. Ni plus ni moins qu'un devoir de mémoire...

 

C'est un vrai documentaire, et non un simple reportage, qu'on nous propose là ; très écrit et avec pour volonté de donner la parole comme de la transmettre, ce donc en toute subjectivité. Cette subjectivité incontournable fait une bonne part de la force du film, laissant présente l'émotion sans jamais tomber pour autant dans le misérabilisme, le factuel quant à lui étant forcément réduit au strict nécessaire. Le film n'est que très peu didactique, juste ce qu'il faut pour que le spectateur assimile bien les enjeux, évitant ainsi l'analyse technique ou statistique et par là même la distanciation. La pudeur des témoignages est, quant à elle, surprenante, rendant l'ensemble d'autant plus touchant. Et puis...

 

Et puis je pourrais vous en écrire encore des tartines sur les qualités de ce film rare et profondément humain pour l'instant principalement projeté dans le cadre de différents festivals. Je pourrais aussi vous dire que l'on y voit de magnifiques images, ce qui serait en un sens oublier que le sujet est bien loin de ce genre de considérations. Il est sans doute préférable que vous le voyez quasi-vierges de toute information et à-prioris, il vous parlera cent fois mieux que quiconque ne saurait le faire...

 

Retenez juste que si ce film est projeté près de chez vous il serait bien bête de le louper. Les vrais docus se font rares aujourd'hui (celui-ci d'autant plus qu'à en croire une des réalisatrices, que j'ai eu la chance de rencontrer, il ne serait pas prêt de sortir en dvd ni même d'être diffusé à la tv -Arte ne semblant pas vouloir faire l'effort pour l'instant-) et des films plus ou moins raccoleurs comme Etre et Avoir ont trop tendance à nous le faire oublier. Une perle à ranger à côté des films de Depardon, même si ceux-ci sont bien plus faciles à dégotter.

 

Je concluerais cet article avec les mots de Sally revenant sur les lieux de sa petite enfance, c'est bien là la moindre des choses...

 

"17 juillet 2003,

 

Ce petit village où coule la rivière Liard, lieu de ma naissance et lieu dont, à l'âge de quatre ans, je saisirai toute la beauté et toute la douleur pour les retenir au plus profond de moi pendant si longtemps, c'est ce village qui m'a ramenée à ma "vraie place".



C'est mon malaise, le sentiment de non-dit avec lequel j'ai grandi, cette volonté de comprendre pourquoi on m'avait séparée de ma famille naturelle, qui m'ont poussée plus loin. Chercher la vérité, c'est prendre l'innocence pour l'emmener vers un endroit inconnu, inexploré qui tiendra lieu de révélation.

 

Le village de Liard est un lieu qui parle d'une histoire qui appartient à celles des Premières Nations du Canada, l'histoire des enfants enlevés qui a commencé avec les pensionnats et qui s'est poursuivie par le système des adoptions et des placements, réduisant toute une culture à des communautés de survivants.



Ces politiques d'assimilation et d'intégration se perpétuent actuellement à travers la globalisation et le prix à payer en est la destruction des cultures ancestrales. Le seul moyen d'en comprendre les conséquences est d'écouter les voix de ceux qui ont survécu.



Mon nom est Sally Tisiga, je suis membre de la nation Kaska, membre du clan du loup, une survivante des lois d'intégration canadiennes, une parmi tant d'autres."

 

CyrO

 

jeudi, 23 juin 2005

Rapido : Collatéral


Collatéral de Michael Mann 2004

Thief, The Keep, Manhunter, Le Dernier des Mohicans, Heat, Révélations, Ali et actuellement en préparation Miami Vice d'après la série TV qu'il avait lui même créée... Il vous en faut encore ou l'évocation de l'homme derrière tous ces films aux commandes d'un polar urbain sombre et mélancolique suffit-elle à vous faire baver de désir ?

En tous les cas c'était bien mon cas avant de voir Collatéral...
Et si j'avoue un brin de déception je reste sidéré par le talent du bonhomme !

Et puis peu de gens savent filmer une ville de nuit aussi bien que le père Mann. Et puis Tom Cruise a rarement été autant investi dans un rôle. Et puis cet espèce de buddy-movie étrange est un objet vraiment particulier...

Et puis la Haute-Définition sied finalement plutôt bien aux images classieusement scopées du père Mann...

Et puis y a du vrai suspens dedans !
Et de la vraie mélancolie...
Et de bien belles images.
Et la fin est un peu décevante... mais pas tant que ça.

Et puis merde, parler d'un film de Michael Mann, ça ne se fait pas. Ses oeuvres se regardent, elles ne se racontent pas !

 

 

CyrO

Rapido : La Mort Dans la Peau


La Mort Dans la Peau de Paul Greengrass 2004

La suite de La Mémoire Dans la Peau qui, il y a trois ans, nous avait agréablement surpris, que ce soit en nous présentant un Matt Damon crédible dans un film d'action et d'espionnage ou en nous proposant un divertissement sans trop de compromis et lorgnant sérieusement vers le réalisme des polars américains des 70's. Poussant même la qualité jusqu'à nous montrer un Paris réaliste n'ayant rien à voir avec ce regard passéiste et romantique que les américains aiment à jeter sur notre capitale !

La deuxième partie des aventures de Jason Bourne est de belle qualité, même si l'effet de surprise du premier volet n'agit évidemment plus. Ce nouveau film perd en intensité et en attachement aux personnages ce qu'il gagne en rapidité et par moments même en virtuosité. Les Vingt premières minutes sont en ce sens particulièrement jubilatoires, nous montrant un Jason Bourne retiré de la vie occidentale néanmoins retrouvé par les services secrets qui l'employaient, obligé du fait de fuir avec sa compagne le tueur laché à ses trousses. Tueur froid et calculateur qui va nous offrir les plus belles minutes du film, la conclusion de cette séquence s'avérant de surcroit parfaitement surprenante. Rien que pour cette longue introduction touchée par la grace le film mérite d'être vu.

S'en suivent une heure et demi de poursuite échevelée, au rythme parfois éreintant et nous proposant une course-poursuite en voiture sidérante même si un peu trop outrée. Une scène de corps à corps particulièrement brutale et réaliste retiendra également notre attention. Jamais le film n'esthétise la violence qu'il contient, et c'est tout à fait surprenant de la part d'un métrage arrivant de chez Universal.

On regrettera des personnages moins épais que dans le premier opus, et une intrigue également moins complexe.

Un divertissement de très bonne facture, ne prenant jamais son spectateur pour un imbécile, et qui semble avoir compris que entertainement n'est pas forcément antinomique d'un certain réalisme et d'une esthétique sombre et grisonnante...

 

 

CyrO

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