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samedi, 19 août 2006

Paranoïa Agent

 

Je viens de terminer de visionner la première et probablement unique saison de Paranoïa Agent, série animée japonaise réalisée par l'immense Satoshi Kon qui en trois longs métrages (Perfect Blue, Millenium Princess, Tokyo Godfathers) a tout de même réussi à pondre trois chefs-d'oeuvre...

 

medium_Paranoia_Cover.3.jpgLa première série du bonhomme est passionnante et plastiquement plus qu'aboutie. Chacun des six premiers épisodes montrent des japonais oppressés chacun sur des plans différents (socialement, sentimentalement, professionnellement, moralement...) qui, alors qu'ils se trouvent au bord du gouffre, vont être agressés par "le gamin à la batte", un mome surmonté d'une casquette, se déplaçant en patins à roulettes dorés et frappant avec une batte tout aussi ostentatoire et disparaissant aussi vite qu'il est venu. Cette narration en fait évidemment une série chorale, mais des plus atypiques. La seconde partie, et donc les sept derniers épisodes vont faire s'entrecroiser tous ces destins par le biais des deux policiers chargés de l'enquête pour nous mener à un final à la fois grandiose et d'une amertume sans nom.

Une histoire qui permet au réalisateur de planter pleinement le décor dans le cinéma de genre, qu'il soit fantastique, policier ou onirique, mais également de mettre les pieds dans la chronique sociale mais aussi intimiste ainsi que dans le drâme ce en évitant soigneusement le pathos, ce dont personne ne se plaindra, voir même à l'occasion d'un épisode au thème particulièrement grave sur l'actualité d'une face sombre de la société japonaise, de se frotter à la comédie de manière surprenante au vu du sujet évoqué.

 

Série géniale par un auteur génial, qui trouve dans son postulat le moyen de stygmatiser les névroses d'un japon rongé jusqu'à la moëlle par ses errances. La richesse thématique est impressionnante, s'intéressant autant aux sans logis qu'aux collégiens, aux pères de famille dépassés par leurs responsabilités qu'aux scénaristes associaux, en passant par la schyzophrène ou un trio de suicidaires mal assortis peu doués pour mourir. Le sous-texte n'est jamais lourd car navigant sur un scénario parfaitement huilé qui s'intéresse d'abord à son histoire sans jamais ramener son propos plus social et politique trop sur le devant. On pense parfois, dans cet aspect de la réussite de l'oeuvre, au Starship Troopers de Verhoeven, qui faisait la même démonstration : un réel propos de fond, engagé, sans se départir jamais d'être d'abord un divertissement, certes plus intellingent que la moyenne.

 

medium_paranoia-agent-3.3.jpgLes niveaux de lecture sont multiples, la complexité est réelle sans nuire à la fluidité de l'histoire, les références cinéphiles abondent, le ton change d'un épisode à l'autre sans pour autant jamais départir la série d'une belle homogénéité. La réalisation est évidemment, étant donné l'auteur de l'oeuvre, de trés haut vol pour une fiction télévisuelle ; la composition est généralement très belle sans jamais être gratuite, Kon s'amuse avec différents formats d'animation comme de graphisme, ce de manière aussi pertinente qu'esthétique, une mise en scène ludique qui ne perd pour autant jamais son sujet de vue ni la gravité de celui-ci.

 

On aimerait juste parfois en savoir un peu plus sur des personnages croisés un peu vite, mais le principe lui-même de la série justifie cet état de fait. Une seconde saison permettrait sans doute d'en apprendre un peu plus sur ces individus attachants, mais Satoshi Kon n'étant pas franchement un homme de la répétition il serait surprenant qu'une suite soit mise sur pied.

 

En l'état il s'agit de la mini-série la plus intelligente et intéressante que j'ai pu voir ces dernières années dans le cadre de la japanim', en fait mon plus gros coup de coeur depuis Serial Experiment Lain, autre chef-d'oeuvre urbain et dépressif (et expérimental comme l'assume d'ailleurs pleinement le titre) que je vous recommande également chaudement.

 

L'intégrale de la série est disponible en un coffret 5 DVD chez Dybex. Qualité d'image moyenne, celle-ci étant étrangement flouttée, néanmoins c'est la seule possibilité pour découvrir la série en V.O. sous-titrée ou dans un doublage français relativement médiocre qui n'est donc pas à recommander, les éditions étrangères étant toutes dénuées de sous-titres français.

                                       

 

 

CyrO

15:40 Publié dans Epikoienkore, TV | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : paranoïa agent, satoshi kon, série

Commentaires

Autre monde...

Ecrit par : L'Odonate | samedi, 19 août 2006

Article très bien argumenté qui m'a donné envie de découvrir. Merci pour ces précieuses informations :-)

Ecrit par : Thulip | dimanche, 20 août 2006

L'Odo > de quoi donc ?

Thulip > Content que ça t'en ai donné l'envie. En espérant que d'autres soient dans le même cas. Allez-y, foncez, cette série c'est de la bombe !

Ecrit par : CyrO | mardi, 29 août 2006

je suis au dixième et effectivement ca scotche !

Ecrit par : Rhum's | jeudi, 21 septembre 2006

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