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lundi, 06 mars 2006

Psychonauts

Bon ben finalement ça n'aura pas attendu bien longtemps avant que je ne me fende d'un nouvel article...

 

PsychonautsTim Schafer (très intéressante interview du bonhomme si vous suivez ce lien) revient enfin sur le devant de la scène vidéo-ludique ! Schafer, c'est l'homme à l'origine des meilleurs jeux d'aventure de chez LucasArts dans leur âge d'or, époque désormais bien révolue ; on lui doit des hits aussi barrés, drôles et intelligents que Day of the Tentacle, Full Throttle ou plus près de nous Grim Fandango (1998) - grands classiques s'il en est -. Un de ces personnages importants dans le monde du jeu vidéo, de ceux qu'on peut aisément qualifier d'auteurs et qui proposent systématiquement des oeuvres personnelles au sein de véritables univers ne pouvant être comparés à aucun autre.

 

 

Parti de chez LucasArts depuis un bout de temps il en a profité pour fonder son propre studio de développement (Double Fine) dont la première livraison est donc ce Psychonauts. Un jeu pas tout récent puisqu'il a déjà été édité au Etats-Unis depuis plus d'un an. Si l'attente a été aussi longue pour la France c'est bêtement pour deux raisons : une localisation peu évidente, le jeu comprenant de nombreux dialogues et autres jeux de mots, mais aussi l'univers du jeu en lui-même, original, adulte, décalé et plutôt sombre qui semble avoir fait peur à un distributeur bien frileux.

 

Surprise plutôt importante : Schafer ne nous revient pas cette fois par le biais d'un jeu d'aventure mais par celui, et ce même s'il est bien plus que ça, d'un jeu de plateformes/action !!!

 

Raz (diminutif de Razpoutine) est un jeune adolescent qui vient d'intégrer la colonie du Roc-qui-Murmure, un camp un peu particulier puisqu'il ne reçoit que des enfants "psychiques" (dotés donc d'un potentiel mental infiniment supérieur à celui de l'humain de base) ce dans le but de les amener à devenir des Psychonautes, sortes d'agents secrets du mental. Raz s'y est plus introduit qu'il y a été invité, arrivant là après avoir fuit le cirque de ses parents où son père lui faisait subir brimades sur brimades, ne supportant pas que son fils soit différent des autres et surtout détestant les psychiques dont son fils fait partie, ceux-ci ayant lancé une malédiction sur leur famille, les empêchant d'approcher de la moindre nappe d'eau sous peine d'être attaqués par un monstre aquatique n'existant que pour eux et donc leur esprit.

 

Voui, je sais, ça fait un peu barré là comme présentation, et pourtant ce n'est rien face aux développements scénaristiques tortueux et bien frappés de cette vraie perle unique en son genre.

 

Raz va donc devoir suivre une formation de Psychonaute, formation dispensée dans un environnement très particulier mais également par des professeurs eux aussi très spécifiques ! L'un est un ancien militaire comparant l'intrusion dans le cerveau d'un autre à une véritable guerre ouverte (ce qu'elle est en un sens, il faut bien l'admettre) et ne jurant que par des méthodes agressives et bien viriles. On en trouve un autre tout ce qu'il y a de plus psycho-rigide, ressemblant plus à un cadre de l'administration doublé d'un scientifique raide comme la justice qu'à l'espion qu'il est supposé être. Enfin on croise une jolie brésilienne pour qui tout n'est que fun, adorant passer à la TV et perdre son temps en de multiples fêtes à l'ambiance psychédélique très marquées disco.

 

Et puis il y a tous les jeunes occupants du camp. Mal dans leur peau, tous névrosés jusqu'à la moelle, tous franchement barrés entre autre de par leur statut de parias qu'ils ont forcément bien du mal à gérer. Mais surtout pour la plupart tous très attachants même pour les plus insupportables et les plus cons, Schafer sachant parfaitement définir ces personnages pour lesquels, à différents degrès, on finira par éprouver une certaine empathie, et ce même pour le dur à cuir de service, pourtant à prioris un sacré connard ! Chacun possède une sensibilité et des délires différents, l'auteur ayant surtout bien pris soin de leur faire don d'une véritable humanité qui les crédibilise au delà de leurs pouvoir étranges et de cet aspect de freaks dont il est difficile de les dissocier.

 

Raz va en donc beaucoup cotoyer ces élèves, le jeu étant scindé en deux parties très distinctes. Dans la première il devra visiter dans les moindres recoins ce fameux Roc-qui-Murmure, qui à la base semble plutôt riquiqui mais s'avèrera, au fur et à mesure de l'avancée du jeu, franchement immense ! Divisée en plusieurs zones, cette partie du jeu est totalement ouverte et le joueur est libre d'aller où il le souhaite comme de faire ce dont il a envie. Du lac à la forêt en passant par les labos secrets des profs jusqu'à la grande zone d'accueil ou encore celle où vivent les momes, il y a de la place pour bouger et du monde à rencontrer ou avec qui discuter. Chaque zone comprend un certain nombre d'objets à trouver (bien cachés mais jamais réellement inaccessibles une fois qu'on les a repérés) qui aideront à l'avancée de l'aventure, mais surtout qui apporteront pas mal de profondeur à la fois à l'univers visité mais aussi à son gameplay. Pour une fois, tenter de finir le jeu le plus près possible des habituels fameux 100 %, communs à beaucoup de jeux de plateformes, n'est pas horripilant, on y prend même énormément de plaisir. Et puis il y a tant à découvrir et à visiter parallèlement...

 

La seconde partie du jeu est, elle, directement liée à l'entrainement sur la voie de psychonaute. Chacun des profs va dispenser progressivement à Raz des leçons pour maîtriser ses différents pouvoirs à l'intérieur de leur propre cerveau, puis par la suite aller régler quelques problèmes dans le cerveau de personnes extérieures à ce microcosme.
Cette partie est plus directive puisque s'inscrivant bien plus dans le jeu de plateformes classique, avec un seul chemin à suivre. Mais quel chemin ! Chaque niveau représente donc la psyché d'un personnage, et du fait chacun est extrêment différent, répondant à chaque fois à une univers autre, du plus tordu au plus déroutant en passant par le plus malsain ou le plus coloré voir même disco (la brésilienne dont je vous causais plus haut)...

 

Du fait la diversité est plus que présente et non seulement elle nous évite l'habituelle lassitude de ce type de jeux mais en plus elle nous donne envie d'aller voir plus loin ce que ce chtarbé de Tim Schafer peut bien avoir encore trouvé pour nous amuser, nous divertir, nous faire rire ou bien réfléchir ! Dans chacun de ces cerveaux il faudra là aussi partir en quête de différents objets, que ce soit des bribes de mémoire symbolisées par des sortes d'icones colorées transparentes, immobiles ou en mouvement, toujours différentes et en rapport avec l'esprit visité, ou bien encore des bagages émotionnels dont il faudra d'abord avoir trouvé la clé pour pouvoir accéder à leur précieux contenu (qui sera par la suite visionnable par le biais d'une visionneuse type diapositives, la plupart du temps des informations approfondissant les personnages en nous livrant des recoins oubliés ou volontairement cachés de leur psyché - c'est la plupart du temps parfaitement jubilatoire - ou bien de magnifiques croquis préparatoires du jeu. Et puis bien sûr il y aura des ennemis à affronter à l'aide des pouvoirs que l'on aura appris à maîtriser progressivement (lévitation, pyrokinésie, télékinésie...), ennemis qui prennent ici la forme de "censeurs", des sortes d'anti-corps de l'esprit, ressemblant à de bons bureaucrates avec leur costume-cravate triste à mourir et leurs lunettes et coupes de cheveux basiques, qui chassent tout ce qui n'a pas à se trouver là et dont Raz fait forcément partie ; ainsi que d'autres créatures venues tout droit des méandres du cerveau accueillant le personnage principal.

 

A chaque fois c'est d'ailleurs un éblouissement et une vraie jubilation ! On croirait presque changer de jeu tant les univers sont distincts et parfaitement différents. Néanmoins l'exploit de Schafer est que l'ensemble reste parfaitement homogène, et si l'on a l'impression d'avoir presque à faire à une direction artistique différente pour chaque univers, tout reste cohérent, d'un bon goût surprenant et systématiquement l'émerveillement nous cueille ! Enfin, "émerveillement" n'est pas forcément le mot le plus juste tant certains endroits sont sinistres à visiter, et même si le jeu ne se départit jamais d'un certain humour il faut bien avouer qu'il est souvent très noir.

 

On se retrouve donc avec ce jeu face à une direction artistique générale tout simplement bluffante de par sa richesse et le soin qui lui a été apporté ! Et le jeu a beau avoir plus d'un an d'existence rien ne permet de le dater ainsi, c'est beau, c'est souvent frais, c'est fun, plein de couleurs (quoi que quelques niveaux se passent strictement en noir & blanc - je vous dis, c'est un jeu complètement dérangé !) et de détails qu'on n'attendait pas. Bien sûr il ne mettra pas à genoux votre carte graphique, les effets spéciaux, aussi jolis soient-ils, n'étant pas pléthoriques ni du dernier cri, mais peu importe ! Pour une fois, et c'est plutôt rare hélas, la 3D est très personnelle, ne ressemble à rien d'autre de vu au préalable, plus proche d'un dessin animé auquel Tim Burton aurait participé pour le design que d'un énième clone de Doom 3 utilisant un moteur générique faisant se ressembler bien des jeux pourtant techniquement plus à la page.

 

Au niveau de la jouabilité tout va parfaitement bien, que ça soit avec un pad entre les mains ou avec l'efficace couple clavier/souris, le jeu se laisse naturellement prendre en main et lorsque l'on "perd" on ne peut s'en prendre qu'à soi-même tant Raz répond au doigt et à l'oeil.

 

L'ambiance sonore n'a pas été oubliée, la bande son étant parfaitement retranscrite, que ce soit dans les bruitages (parfaitement gérés dans l'espace sonore et donc dans leur placement) que dans la musique (qui fait parfois penser à du Danny Elfman, tiens donc...) ou bien encore dans le doublage français qui, une fois n'est hélas pas coutume, est d'une belle qualité, chaque personnage ayant droit à une voix lui convenant bien doublée de surcroit par des comédiens visiblement impliqués.

 

Quant à la durée de vie elle dépendra tout simplement de votre façon de jouer. Pour moi qui aime prendre mon temps et découvrir tout ce que les développeurs peuvent avoir caché à droite et à gauche comme m'arrêter sur les détails et jouer au touriste dès l'instant où un jeu me donne un peu de liberté, cette durée de vie est conséquente (pour un jeu de cette catégorie), je l'estime à une bonne vingtaine d'heures. Pour qui va droit au but sans trop perdre son temps à visiter et à causer à tout le monde, il semblerait que ça tombe directement à la moitié à savoir donc une grosse dizaine d'heures !

 

Psychonauts est donc un jeu qui renouvelle totalement le genre plateformes/action, qui multiplie les gameplays au sein d'un genre en général plutôt limité sur ce plan. Une vraie bonne suprise, totalement rafraichissante et d'une grande générosité qui fait plaisir à voir. Un jeu bourré de bonnes idées concrétisées, d'humour, au sein d'un univers maîtrisé, sensible et adulte ! D'ailleurs attention, ne vous y trompez pas... Malgré la bonne bouille des images que vous pourrez glaner ici ou là le jeu s'adresse aux adultes et aux ados mais certainement pas aux enfants pour qui il peut être à la fois perturbant et effrayant, sans parler du fait que les plus jeunes risquent de ne pas bien comprendre tout ce joyeux foutoir dépressif (si si) et donc de passer à côté d'un des poles les plus intéressants de la nouvelle oeuvre de Tim Schafer ; le jeu est d'ailleurs déconseillé aux moins de 12 ans.

 

Graphismes : 17

Jouabilité : 16

Ambiance : 18

Scénario : 16

Note Globale : 18

 

Psychonauts, un jeu développé par Tim Schafer chez Double Fine, édité par Majesco et distribué par THQ, disponible sur PC, PS2 et XBox.

Dans les 44 euros chez tout bon crémier qui se respecte.

 

(Cliquez sur les vignettes pour les afficher en plus grand)

La salle donnant accès aux différentes psychés, y compris celle du héros !
Par moments un petit côté Alice au Pays des Merveilles
Oui, on peut également se balader en bateau, mais attention Raz a une véritable phobie de l'eau
Un esprit trop cartésien peut parfois se transformer en gros foutoir si on en perd le contrôle...
Raz à la colo du Roc-qui-Murmure
Un des nombreux artworks que l'on peut récupérer au gré de l'aventure
Le connard de service et son second, qui peuvent à l'occasion s'avérer néanmoins tout aussi attachants et touchants que leurs petits camarades
La colo est immense et on s'y balade en toute liberté !
Une euh... enfin un... le... euh... oh et puis vous verrez bien si vous avez la bonne idée d'y jouer ;o)

 

 

CyrO

15:30 Publié dans Epikoienkore, Jeux Vidéos | Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : Arts et culture

Commentaires

ben heureusement que t'as la flemme en ce moment parceque sinon on aurait 300 lignes à lire...

Ecrit par : niKo | lundi, 06 mars 2006

Ca donne envie ! j'avais adoré Grim Fandango :)

Ecrit par : Mass | lundi, 06 mars 2006

Rhaaaa l'horreur moi qui était en desintox de jeux vidéo! Je te deteste! (moi qui suis adepte de Grim Fandango et Tim Burton...je veux!)

Ecrit par : Anisée | lundi, 06 mars 2006

Pinaise tu t'es bien rattrapé sur ce coup ! ;)

Ecrit par : rainette | mardi, 07 mars 2006

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